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Articles
Egypte : la charia au secours des minorités
mardi 9 février 2010 - par Sara Khorshid
Depuis quelques dizaines d’années, de nombreux sondages révèlent qu’une majorité d’Egyptiens souhaitent que les principes islamiques de la charia s’appliquent à certains aspects de l’ordre juridique du pays. La constitution égyptienne le prévoit d’ailleurs, qui dispose en son article 2 que la charia est la principale source du droit. Quoique bénéficiant d’un large soutien populaire, l’article 2 suscite une controverse animée. Des voix provenant de la communauté copte, qui représente environ 12 % de la population, y voient une discrimination implicite de la minorité non musulmane. Les militants laïcs de la défense des droits de l’homme et de la démocratie vont dans le même sens, affirmant que l’application du droit islamique est incompatible avec un régime démocratique qui, selon eux, ne peut exister que dans un Etat laïc. Ainsi, ils montrent du doigt des procès portant sur le droit de la famille (régi en partie par le droit islamique), les restrictions imposées à la construction d’églises et la faculté qu’aurait un copte de devenir président. Pour eux, ces exemples justifient une limitation du rôle de la charia dans l’ordre intérieur, d’autant qu’elles s’appliquent à ces minorités non musulmanes. Au plus fort de ce débat public qui voit s’affronter laïcs et militants coptes, d’un côté, et groupes politiques islamiques, de l’autre, à commencer par les Frères Musulmans, qui se propulsent à la une des médias chaque fois que la charia est en cause, il existe entre les deux une voie moyenne. Dans cette solution de raison, les concepts de charia, de démocratie et de laïcité coexisteraient dans le cadre d’un système politique uni, sans que les principes fondamentaux de chacun d’eux soient en rien compromis. Les partisans de cette solution, qui croient au gouvernement du peuple et à la prééminence du droit, estiment que les législateurs doivent être choisis par le peuple. Ils considèrent encore le droit islamique comme un cadre de référence, tant qu’il est accepté par la majorité au cours d’un processus civil dans lequel des représentants élus ont le dernier mot. Cette option serait bien éloignée de celle des Frères Musulmans, par exemple, selon laquelle les imams doivent donner leur imprimatur à toutes les lois du pays. Dans cet esprit, l’Egypte devrait façonner un modèle qui lui soit propre, conforme à son histoire, à sa culture et surtout à la volonté de son peuple. Les principes de démocratie et de laïcité sont conjugués différemment selon les pays. Le modèle français et turc, qui réglemente très strictement la présence de la religion dans le domaine public afin de préserver la démocratie, est bien différent de la pratique américaine, dans laquelle la religion joue un rôle influent en matière politique. Dans chacun de ces exemples, le rapport unique entre religion et régime politique correspond aux besoins du pays concerné. Dans ce contexte, la minorité chrétienne d’Egypte doit pouvoir jouir de tous les droits civiques qui reviennent aux minorités dans les régimes démocratiques, tel le droit de se présenter aux élections présidentielles et parlementaires, le droit d’initiative des lois et le droit à l’égalité devant la loi. Mais toutes leurs revendications ne sauraient être satisfaites pour autant, comme par exemple la suppression de l’article 2 de la Constitution, revendication qui susciterait l’hostilité de la majorité et alimenterait les affrontements sectaires. Il faut se rappeler qu’aucun régime démocratique n’a jamais répondu à tous les désirs de ses minorités. En France, par exemple, le parlement a voté l’interdiction du port du voile dans les écoles publiques, allant ainsi contre les vœux de la minorité musulmane de ce pays. Une pierre d’achoppement symbolique dans ce débat sur le rapport entre droit des minorités et droit islamique est la question de l’accès d’un Copte à la présidence. Dans la mesure où un Copte veut se présenter à l’élection présidentielle, il devrait en avoir le droit, à condition de s’engager à respecter les lois du pays et la volonté de la majorité. Après quoi les urnes décident. Contrairement à ce qu’on pourrait être tenté de croire, ce n’est pas la charia qui constitue un obstacle. Selon certaines interprétations de la charia, la fonction de président, en cette époque moderne, pourrait être une fonction civile qui ne permet au président de prendre que des décisions conformes à la volonté du peuple et aux valeurs de la nation. Car c’est la situation politique du pays et non la charia qui, depuis 28 ans, empêche toute personne autre que le président Hosni Moubarak, qu’elle soit musulmane ou chrétienne, d’accéder à la présidence. La démocratie n’a pas encore pris en Egypte. Les Coptes doivent continuer de défendre leurs droits, mais sans empiéter sur les valeurs essentielles de la majorité. En d’autres termes, ils ne doivent pas exiger l’abolition de tout principe islamique dans la vie politique. Le progrès de la démocratie en Egypte ne passe pas par l’abolition de la charia, élément indispensable de l’identité nationale, mais il suppose une réforme du régime actuel et la concession de droits élargis aux minorités. Coptes et musulmans doivent s’unir dans leurs revendications démocratiques. Ensemble ils peuvent doter l’Egypte d’un régime bien adapté à la culture et à la société propres à ce pays, tout en garantissant les libertés de tous ses citoyens. En partenarait avec le CGNews Mots clésSara KhorshidJournaliste égyptienne publiée dans le monde entier, est spécialiste de la politique, de la culture et de la société de l’Egypte et du monde musulman ainsi que des relations islamo-occidentales. Du même auteur, à lire sur oumma.com :
Vos réactions et commentaires sur cet article10 février 2010
Mohamed Mathémagicien a dit :
L’auteur de l’article nous dit : "Les Coptes doivent continuer de défendre leurs droits, mais sans empiéter sur les valeurs essentielles de la majorité. En d’autres termes, ils ne doivent pas exiger l’abolition de tout principe islamique dans la vie politique. Le progrès de la démocratie en Egypte ne passe pas par l’abolition de la charia, élément indispensable de l’identité nationale, mais il suppose une réforme du régime actuel et la concession de droits élargis aux minorités." Très bien dans ce cas les musulmans de France doivent défendre leurs droits sans empiéter sur les valeurs essentielles de la majorité... la laïcité par exemple ! Lol. L’auteur tient exectement le même discours que nos défenseurs de la laïcité. 10 février 2010
Mohamed Mathémagicien a dit :
@fermion En toute rigueur les racines de l’Europe ne sont pas chrétiennes mais bien grecques et latines. 10 février 2010
amazone a dit :
A Gonenn : vous écrivez :"Les femmes qui veulent mettre le voile peuvent acheter un billet d’avion et retourner dans le pays et le mode de vie qu’elles regrettent" Pourquoi parlez vous de retourner dans le pays, que faites vous des Françaises de Souches qui veulent porter le voile ? La France n’est-elle pas leur pays tout autant qu’une chrétienne Française de Souche ? Donc les coptes sont comparables à ces Françaises de souches converties à l’islam c’est à dire une minorité mais partie integrante de la population française. Vous ajoutez :"Berbères en Algérie et Kabylie" Merci de bien vouloir nous dire où vous situez la Kabylie par rapport à l’algérie puisque vous la détaché de celle ci ? Pour rappel la Kabyle se trouve en Algérie, c’est une région partie intégrante de l’Algérie, donc je ne comprends pas pourquoi vous écrivez "en Algérie ET Kabylie" Merci de nous éclairer. Vous dites au sujet des kabyles " ils se sont vu imposer une culture dont ils ne voulaient pas" Pour rappel l’Algérie tout entière est Bérbére par essence, elle a été envahis par une poignet d’arabo musulmans et à totalement intégré cet état de fait. La preuve l’algérie aujourd’hui est musulmane à plus de 80 %. Pour un peuple qui refuse la culture musulmane, il faut reconnaitre que le pourcentage de ceux qui l’accepte est énorme non ? Entre temps l’Algérie fût colonisée pendant 132 et on se demande bien pourquoi elle n’a pas basculé franco chrétienne ? Au contraire c’est sous la banière de arabo musulmane que la révolution fût menée ! Vous concluez :"Je pense que chaque peuple veut préserver son environnement publique traditionnel. Est ce quelque chose de mal ?" Et vous avez raison... mais quand issues de ce peuple là, des minorités demandent seulement à ce que leurs convictions religieuses soient respectées et qu’elles puissent pratiquer leurs cultes sans entraves, sans discriminations comme le garanti notre République (droit de culte et protection des minorités) alors il y quelque chose qui ne tourne plus rond. Ne croyez vous pas ? 10 février 2010
Pierre Meur a dit :
Les tiraillements idéologiques et partisans ne dénoncent qu’eux-mêmes. Ils ne définissent "Dieu" et l’être humain qu’en s’opposant à d’autres définitions. "Dieu" crée le cadre concret de notre existence et renvoie à l’être humain la responsabilité de la gestion de la relation humaine. L’espèce humaine est une et indivisible. Les raisons de se diviser ne sont que les étiquettes dont on habille son humanité. La seule évidence est que la règle commune doit faire l’objet du plus grand consensus, et que ce consensus sera toujours un compromis. C’est lorsque la règle commune est établie sur un rapport de force, et non sur la base d’un dialogue bienveillant à l’autre, que naît le conflit. Le conflit n’est jamais équitable. La liberté n’est donc pas absolue, mais la plus grande liberté possible face à des contraintes communes. Voilà ce qui est équitable, voilà ce que dit l’être humain responsable, voilà ce que souhaite "Dieu". Tout autre propos n’est qu’idéologique et partisan. La physique dit que deux énergies de sens contraire s’annulent au prorata du reliquat de puissance, et que deux énergies de même sens s’additionnent même si elles sont de forces différentes. Comprendre la plus grande alliance est le défi lancé à l’être humain par "Dieu". L’être humain le comprend bien au niveau technologique, mais il est toujours incapable de l’appliquer à la relation humaine. C’est pourtant si simple à comprendre. Le vivre-ensemble, c’est une simple équation dont il faut réduire les inconnues à leur plus simple expression :
Entre ces deux termes, il y a toutes les nuances du potentiel de la relation humaine qui ne s’expriment pas en absolu, mais dans une dynamique relative a des contextes bien particuliers, qui trouvent tout son sens dans un processus démocratique. L’idéal n’est même pas une utopie, c’est une chimère de l’esprit. Pierre Meur 9 février 2010
fermion a dit :
L’oeil ouvert, vous dites "on ne dira plus en Europe la civilisation judéo-chrétienne , mais Islamo-chrétienne". Je suis désolé, mais quand on dit que la civilisation européenne est une civilisation judéo-chrétienne, on parle de ses origines, donc des origines constitutives et fondatrices de cette civilisation. Les religions actuelles et leur évolution n’entrent pas dans ce concept. Sinon l’Europe serait actuellement une civilisation essentiellement "laïco-ex judéo-chrétienne" 9 février 2010
I-FEEL-PAS-GOOD a dit :
Salam, A "Oeil ouvert" : "on ne dira plus en Europe la civilisation judéo-chrétienne , mais Islamo-chrétienne" Islamo-Judéo-Chrétienne SVP. salam. 9 février 2010
l’oeil ouvert a dit :
@ Gonenn : il y a quelque chose de fondamental que vous efforcer d’ignorer ! les musulmans français sont avant tout musulmans et français ! donc il leurs faut un espace pour se sentir vraiment chez eux ! ce qui n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui ! Mais ça viendra : ce n’est qu’une question de temps ! plus tard avec la volonté divine on ne dira plus en Europe la civilisation judéo-chrétienne , mais Islamo-chrétienne ! on arrête le cours de l’Histoire !
9 février 2010
lisa a dit :
Athe, l’Egypte a souvent ete gouvernee par des non egyptiens ! Farouk n’etait-il pas albanais !
Moubarak lui-meme est a moitie jordanien, son epouse moitie anglaise et chretienne !
Alors...
9 février 2010
Mamyli a dit :
La sharî’a est un terme arabe qu’il est possible de traduire en français par Loi musulmane. La majorité musulmane ne saurait y renoncer et ce n’est pas nouveau ! Le problème est celui de son application aux minorités non-musulmanes. Si l’on voit que cette application est injuste, on voit aussi qu’elle ne saurait exprimer la volonté de Dieu. Les musulmans s’en rendent compte. Dans le domaine politique, chacun a reconnu que le régime du parti unique était injuste, contredisant le pluralisme de la communauté. Si les minorités ne sont pas représentées, elles peuvent aussi se plaindre légitimement. Il y a aussi une sharî’a des minorités, c’est-à-dire une revendication de leurs droits que la Loi doit respecter. Ce n’est possible que si et seulement si on connaît l’esprit de la Loi. Cessons donc d’opposer les sharî’atistes et les autres. Reconnaissons que la Loi et surtout ses applications devraient être justes. 9 février 2010
Athée a dit :
Les Coptes doivent continuer de défendre leurs droits, mais sans empiéter sur les valeurs essentielles de la majorité. En d’autres termes, ils ne doivent pas exiger l’abolition de tout principe islamique dans la vie politique. Le progrès de la démocratie en Egypte ne passe pas par l’abolition de la charia, élément indispensable de l’identité nationale, Qu’adviendrait-il de notre laïcité, aujourd’hui défendue par une majorité, si cette majorité devait un jour se réclamer de l’Islam ? La charia deviendrait légitime. Une des grandes qualités de notre suystème est de permettre à nos ressortissants issus de minorités d’accéder à la présidence de la république parce que justement cette appartenance n’existe pas aux yeux de notre Constitution. Ainsi un juif ou un musulman peut devenir notre Président chose impossible dans des pays ou la religion prescrit le code civil et s’ingère dans la politique du pays. Cela devrait ouvrir les yeux de nos intégristes maisons. Mais après tout pourquoi ouvriraient-ils les yeux puisqu’installer la religion partout est leur programme ? 9 février 2010
Gonenn a dit :
Comparer les Coptes autochtones avec des immigrés musulmans en France... Ce n’est pas très raisonnable. Les femmes qui veulent mettre le voile peuvent acheter un billet d’avion et retourner dans le pays et le mode de vie qu’elles regrettent. Tandis que pour les Coptes en Egypte, les Bretons, les Basques, les Corses en France ou les Berbères en Algérie et Kabylie....Eux ils n’ont pas choisis : ils se sont vu imposer une culture dont ils ne voulaient pas. Les Musulmans, en venant en france savaient parfaitement dans quelle société ils allaient vivre. Ensuite vouloir imposer sa vision des choses au pays d’accueil...Il y a quelque chose qui ne va pas. En Europe où les habitants ne veulent pas se voir imposer une culture étrangère, qu’elle soit arabe ou américaine, Mac Do ou Mosquée. Inversez les points de vue : Que penserez vous si les Chinois installé en nombre en Algérie commenceraient à prendre la nationalité algérienne et à construire des temples visibles de tous en matériaux fluo juste à coté de rues historique ou de mosquées millénaires... ? Même pour un touriste européen qui irait visiter le Maghreb et qui ne verrait que des Mac Donald et des temples boudhistes avec des prières en chinois, ca serait un peu la déception. Vous ne trouvez pas ?
Je pense que chaque peuple veut préserver son environnement publique traditionnel. Est ce quelque chose de mal ?
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