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La finance islamique à la française : un moteur pour l’économie, une alternative éthique
mercredi 19 novembre 2008 - par Hervé de Charette
Ce texte est la préface du livre collectif : "La finance islamique à la française : un moteur pour l’économie, une alternative éthique" édité par Secure Finance. Vous pouvez vous le procurer en retournant le bon de souscription (voir document PDF à la fin de l’article). Nous vous informons par ailleurs que le site financeislamiquefrance.fr en partenariat avec Oumma.com organise un chat : "Finance islamique à la française : opportunité ou menace ?" le jeudi 20 novembre à 17 heures avec Jean-Paul Laramée et tous les auteurs du livre. Vous pouvez participer à ce chat en vous inscrivant dès maintenant sur financeislamiquefrance.fr . Préface du livre Depuis un certain temps, le débat s’est installé en France sur l’importation dans notre pays de la finance islamique. Pour l’instant, il reste confiné dans un cercle assez étroit de spécialistes : banquiers, juristes, patrons mais aussi quelques hommes politiques. Tôt ou tard, le grand public s’emparera de ce sujet avec toutes les opportunités que cela représente… mais également toutes les polémiques qui ne manqueront pas, hélas, de naître. Le principal mérite de cet ouvrage est de nous préparer sereinement à ce débat et de faire le point, à froid, sur les fondements de la finance islamique, sa place dans le système financier international et sur les modalités de son adaptation au droit et au système français. De quoi s’agit-il ? La finance islamique est apparue principalement avec l’interdiction qui est faite dans le Coran et la Charia du prêt à intérêt, le « riba ». De cette prohibition religieuse est né un système ingénieux et innovant qui vise à répondre aux besoins d’une économie moderne, notamment la rencontre entre les prêteurs et les emprunteurs de capitaux. Ceci montre que la finance islamique, loin de représenter un recul, ou une abdication face à la religion, est, au contraire, le signe que l’on peut, avec un peu d’imagination et de savoir-faire, marier tradition et modernité, religion et économie. De ce point de vue, la finance islamique représente une véritable opportunité géopolitique. Alors que nous devons faire face au risque de choc des civilisations que beaucoup alimentent en cultivant les clichés et les fantasmes, il n’est pas anodin de pouvoir créer des liens financiers, en plus des liens commerciaux, à travers la planète et notamment entre l’Occident et le monde musulman. Le développement de la finance islamique apparaît ainsi, potentiellement, comme le prolongement du « doux commerce », facteur de paix cher à Montesquieu. Le deuxième intérêt de la finance islamique est qu’elle répond à un véritable besoin économique. Avec la mondialisation des échanges, l’ouverture des frontières et la hausse du prix des matières premières, dont les hydrocarbures, il y a aujourd’hui un gisement immense de liquidités dans les pays émergents et un besoin non moins important de financements dans les pays développés. En particulier, le Moyen-Orient mais aussi l’Asie du Sud-Est, disposent d’une épargne abondante qui cherche des placements à la fois rémunérateurs et compatibles avec la Charia. Le marché de la finance islamique représente aujourd’hui, selon les estimations, de 500 à 700 milliards de dollars. Le marché potentiel est estimé à environ 4.000 milliards de dollars. Les opportunités sont donc nombreuses. Notamment en France. Pourtant notre pays accuse un certain retard dans ce domaine par rapport à des pays comme la Grande-Bretagne qui ont pris une bonne longueur d’avance. Nos établissements bancaires semblent encore frileux et si certains craignent pour leur réputation s’ils devaient s’engager, d’autres considèrent que les conditions ne sont pas encore réunies. Pourtant, il est de l’intérêt stratégique de notre pays de réunir au plus vite les conditions propices au développement de la finance islamique. Les raisons qui militent en ce sens sont de trois ordres. D’abord, la France a besoin de financer son effort d’investissement et doit être en capacité d’accueillir favorablement les investisseurs originaires du monde musulman qui souhaitent contribuer au développement de notre appareil productif et de recherche. C’est la clef de la croissance d’aujourd’hui et de demain. Cela est vrai pour la finance islamique mais également pour les fameux fonds souverains qu’il serait suicidaire de rejeter en raison d’un hypothétique « patriotisme économique » qui n’a plus de raison d’être dans une économie ouverte sur le monde comme la nôtre. Ensuite, car nous devons renforcer ce qu’il est convenu d’appeler la « place de Paris », c’est-à-dire notre système financier. Le Président de la République a eu l’occasion de le rappeler récemment. La raison en est simple : une place financière dynamique et « profonde » permet d’offrir à nos entreprises, les grandes mais surtout les moyennes entreprises qui cherchent à grandir, les moyens de leur développement. Ceci est d’autant plus vrai qu’avec la crise financière internationale, les acteurs du système financier réduisent la voilure et vont se concentrer dans quelques grandes places. Paris doit en être et pour cela elle doit pouvoir compter sur l’apport non négligeable de la finance islamique. En outre, cela permettrait à nos grands groupes bancaires de développer des pratiques et une identité qui leur sera fort utile pour investir les marchés moyen-orientaux où ils peuvent trouver des opportunités importantes de croissance. Enfin, dernier élément, qui ne doit pas être négligé : la meilleure prise en compte des besoins d’une partie de notre population qui, bien que respectant les lois de la République et s’intégrant parfaitement dans la vie de la Cité, souhaitent disposer d’instruments financiers conformes à leurs croyances religieuses. C’est peut-être le point le plus susceptible de polémique. Il faut toutefois se dire qu’il est préférable que la finance islamique ait droit de cité et que donc elle soit transparente et contrôlée, plutôt que l’inverse, ce qui ne manquerait pas d’alimenter des circuits douteux dont on peut craindre qu’ils soient détournés au profit d’organisations criminelles. Surtout, il faut replacer la finance islamique dans le contexte plus général de la demande croissante de l’ensemble de la population pour des instruments financiers éthiques, respectant les convictions sociales, environnementales voire religieuses des consommateurs. De telles initiatives voient le jour un peu partout, y compris au sein de l’Eglise catholique. La finance islamique n’est donc que le simple avatar de cette démarche qui n’a, en soi, rien qui puisse choquer. La France doit donc prendre en marche le train de la finance islamique. Cela ne nécessitera pas de révolution juridique. En réalité, il s’agit surtout d’éliminer quelques « frottements » réglementaires et fiscaux qui, aujourd’hui, rendent les instruments de la finance islamique plus onéreux que les instruments standards. Il nous appartient donc de lever ces obstacles tout en expliquant patiemment le sens de la démarche entreprise pour éviter tout faux-débat et toute polémique. Cet ouvrage représente la première pierre de cet édifice. Que ses auteurs en soient remerciés. Mots clésHervé de CharetteAncien ministre des affaires étrangères Président de la Chambre de Commerce Franco-arabe Du même auteur, à lire sur oumma.com :
Vos réactions et commentaires sur cet article1er septembre 2009
Assabile a dit :
Salam tout le monde et Ramadan Karim Voilà un lien de l’encyclopédie de l’économie et de finance islamique (en 4 langues y compris le français) http://www.iefpedia.com/france/ bonne découverte. 19 janvier 2009
moustafa a dit :
salam je vois que l’argent des musulmans interressent les autorités mieux que les musulmans eux memes.j’entends meme les responsables parler de CHARIA ISLAMIQUE comme un très bon système banquaire venant de certain c’est étonnant non !!! à bientot in chllah
24 novembre 2008
ibrahim a dit :
Il est toujours bon que l’idée de la finance islamique se banalise. Cela montre l’intérêt que le sujet suscite dans la société, que ces intérêts soient motivés par des convictions religieuses ou par pure opportunité de gain matériel, et qu’il soit dit au passage, qu’il n’est pas interdit aux personnes motivées par leur conviction religieuse de gagner de l’argent. Par contre ceux et celles qui sont motivées par l’unique appât du gain n’ont pas besoin de conviction religieuse.
Il est aussi bien que la finance islamique se banalise car cela éviterait aux musulmans dans un avenir proche (espérons) d’avoir à se pose milles questions (de conscience) à chaque fois qu’ils rentrent dans un établissement de crédit. Que la finance islamique puisse par la même occasion profiter aux non musulmans, on l’espère bien. Pour quelles raisons devons-nous exclure les non musulmans de la finance islamique ? Dès l’instant où il est question de justice sociale et de l’éthique, c’est tout le monde qui est concernée, du moins ceux et celles qui se sentent concernés.
Ainsi donc, si tout le monde peut se retrouver autour de la finance islamique, il faut éviter que les musulmans ne se mentent pas à eux-mêmes. La finance islamique est plus qu’un labelle. Il serait bien alors qu’un travail de réflexion approfondie sur le thème soit entrepris : rapport de stage, mémoire, thèse de doctorat… Si les non musulmans peuvent s’intéresser à la question, il est devoir des musulmans par contre de veiller à la bonne marche de la finance islamique…à suivre
22 novembre 2008
Khalid a dit :
Avant tout, j’admire la manière "intelligente" dont d’aucuns s’expriment et la perspicacité dont ils font preuve. Leur intervention ô combien poétique apporte tant au débat... La finance islamique consiste, dans le cadre des prêts, en une véritable implication de l’institution financière ...intéressée, certes ! Cette dernière aura, en effet, un retour sur investissement. Cependant, le bénéfice qu’elle percevra ne servira pas à financer des projets non-éthiques. Si les savants de l’Islam cautionnent ce système et que Dieu nous recommande de faire confiance aux oulémas,alors oui, personnellement, j’accepte que ces institutions prennent également des sous au passage qui serviront notamment à d’autres opérations conformes à l’Islam ! La chose essentielle est que chacun a le droit de penser ce qu’il veut, selon sa conscience et sa logique sans que l’on ait à le traiter de con pour autant. Certains devraient retourner à leur rock’n roll au lieu de déblatérer des insultes et de s’enfoncer encore un peu plus dans leur étroitesse d’esprit et leur ton péremptoire. A bon entendeur... 22 novembre 2008
Elvis a dit :
@ yanis Je me disais aussi, il y avait un truc qui clochait...En gros tu te fais quand même baiser, mais vu que c’est "islamique" ça passe mieux pour certains... A quand le cancer ou le sida islamique ? Vraiment, les gens sont cons... 22 novembre 2008
yanis a dit :
mais arrêtons de nous leurrer la finance islamique suppose tout aussi bien des taux d’intérêt, câchés cependant, que n’importe quelle autre institution financière normale !!!Foutaise !!! une voiture x dont le prix normal est de 10000 euros est proposée à 11000 euros par la banque soit disant islamique...qui l’achète puis vous la revend plus chère, à l’aide de traites sans intérêt certes mais qui demeurent surévaluées !!!
20 novembre 2008
Khalid a dit :
Il est évident que si la France ou la Belgique (où j’habite)offraient une possibilité à leurs citoyens musulmans et autres d’avoir accès à des crédits hypothécaires 0%, donc sans interet comme le préconise l’Islam, cela encouragerait des milliers de personnes -ayant peur de violer l’interdiction de l’usure- à acheter des biens immobiliers, et de ce fait, participerait (du moins en partie) à la relance de l’économie (quoiqu’en France il existe un crédit de ce type pour les jeunes ménages, me semble-t-il). De cela je peux en témoigner. En effet, Grâce à Dieu j’ai un bon salaire. J’ai une femme et un enfant et suis toujours locataire alors que je pourrais sans probème obtenir un crédit auprès d’une banque dite "ordinaire" pour l’acquisition d’un logement. Respectant l’interdiction de la riba, j’attends avec impatience que la finance islamique fasse son intrusion afin que je puisse assurer l’avenir de ma famille avec l’aide de Dieu.
20 novembre 2008
Novinha a dit :
Je ne suis pas si optimiste.
Pour placer son argent, il faut en avoir.
Or, les musulmans, hormis aux USA et en Europe où assiste à l’émergence d’une classe musulmane bourgeoise, ne sont pas les mieux nantis sur cette planète. Les pétromonarchies arabes concernées par la finance islamique ? Laissez moi rire : elles sont au coeur même du système financier actuel si inhumain et si non-islamique. Quant aux banques commerciales, elles n’ont nul besoin de se coller une "identité" islamique pour investir les marchés moyen orientaux. Il n’y a qu’à voir l’impressionnant succès des banques commerciales étrangères au premier rang desquels les françaises en Egypte où je vis. La SG et la BNP déjà présents par des prises de participation depuis une trentaine d’années ont largement profité de l’ouverture du secteur bancaire pour s’implanter plus fortement ces dernières années. En 2006, le Crédit agricole est entrée dans la course en rachetant une grosse banque égypto américaine très bien implantée. Et à côté il y a aussi toutes les autres banques occidentales, HSBC...qui ont tout autant de succès, plus les banques locales qui ne font pas franchement dans la finance islamique. Des établissements islamiques en Egypte ? il en existe comme Faysal Bank, mais je dois avouée que je suis un peu gênée par cette banque qui présente des agences aussi massives et voyantes. Bref, je pense que s’il y a un avenir pour la banque islamique celui-ci est plutôt en Occident, là où est l’argent et où les gens commencent à développer une sensibilité éthique et islamique. Mais tout cela restera bien marginal.
19 novembre 2008
thé ou café ? a dit :
Peut-on m’expliquer pourquoi les merveilleuses finances islamiques n’ont pas empêché le tiers-monde islamique ?...éthique, éthique...C’est peut être un peu vite dit... Moi, ce que je comprends dans l’article de Charette, c’est que l’occident à besoin du pognon des pétro-monarchies en France..(c’est vrai que c’est chouette quand le micro-état du quatar achète 400 chars Leclerc) Les finances françaises se porteraient bien, il s’en occuperait pas de l’éthique islamique. S’en était-il soucié lorsqu’il était ministre ? De plus l’éthique islamique ne s’arrête pas à des "placements hallal rentables" , elle devrait, théoriquement, s’articuler vers une redistribution équitable et des investissements lourds dans les infrastructures des pays musulmans ! Comment se fait-il qu’il y ait 700 milliards de dollars de réserve, et un potentiel de 4 000 milliards, alors que résorber la crise alimentaire mondiale nécessite, seulement, 30 milliards par ans...éthique, éthique... 19 novembre 2008
Elvis a dit :
Arf pas de bol, c’est tout ce qui fait vendre ! 19 novembre 2008
Samy a dit :
Je crois que la France compte une importante population de confession musulmane, mais la France n’en profite pas. Manque de hardiesse ?
19 novembre 2008
lisa a dit :
La finance islamique, en accord avec l’éthique de l’islam, est basée sur deux principes : l’interdiction de l’intérêt, aussi appelé usure et la responsabilité sociale de l’investissement. Elle lie plus étroitement la rentabilité financière d’un investissement avec les résultats du projet concrêt associé. L’islam interdit les transactions tant civiles que commerciales faisant recours à l’intérêt (ribâ), à la spéculation (gharar) ou au hasard (massir). La finance islamique se chiffre à 1000 milliards de dollars sur le marché mondial. La prohibition de l’intérêt résulte du verset 275 de la deuxième sourate du Coran : « Dieu a rendu licite le commerce et illicite l’intérêt ». Outre ces contrats, il existe des exigences quant à la nature de l’activité dans laquelle un investissement demeure conforme à la charia. Ainsi, les jeux de hasard, les activités en relation avec l’alcool, avec l’élevage porcin ou encore avec l’armement, avec l’industrie cinématographique suscitant ou suggérant la débauche ou la déchéance de l’être humain constitue des secteurs d’investissement prohibés source ;wikipedia. Les citoyens soucieux de l’ethique de l’islam ou simplement d’un peu de morale dans la jungle financiere,ont enfin quelque chose de concret. Merci "oumma.com". Merci a ceux qui ne se resignent pas dans ce qui s’apparente de plus en plus a un capitalisme vorace. 19 novembre 2008
Didier a dit :
Certains pensent et disent que si le "système financier" avait eu à respecter l’éthique de la Finance Islamique, la crise financière actuelle aurait pu être évitée. Je ne connais pas les composantes de cette éthique, mais je pars volontiers du principe que cela est sans doute vrai. Ceci étant, il est tout aussi clair que si le système financier avait respecté ses propres principes, et notamment ceux de bon sens, la crise aurait aussi été évitée. Peut-être faut-il changer de système (est-ce possible ?). Mais il faudrait commencer par utiliser correctement celui qui existe et faire la chasse aux dérives et à leurs adeptes quqnd ce n’est pas aux profiteurs.. 19 novembre 2008
AMMAR a dit :
Bonjour,
En cette période de crise, les banques trouverais certainement leur compte à recevoir les dépôts des "musulmans" de france qui ne savent pas que faire de leurs épargnes. J e suis personnelement dans ce cas, m’étant essayé à la bourse en direct je me retrouve désormais avec un capital qui ne me rapporte rien et dont je ne "c’est quoi faire".
Bonne initiative à encourager.
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